La fontaine du Cloître et l'histoire de Saint Sané (XVIIème siècle)

Elle est là, discrète. Nichée dans un écrin de verdure, tout prêt du bourg, en contre-bas de la rue du Cloître. S'il n'y avait pas un petit pannonceau pour la signaler, on ne soupçonnerait pas sa présence. Et pourtant, tous les ans, elle voit passer promeneurs et pèlerins. Elle, c'est la fontaine Saint-Sané ou fontaine du Cloître.

C'est un monument modeste, constitué d'une source abritée par un édifice ancien (XVI ou XVIIème siècle) dont la maçonnerie a été cimentée et qui a été surmonté au XIXème siècle d'un fronton en pierres de taille. Le bassin donne sur un lavoir dont l'encadrement est constitué de pierres tombales. Pendant très longtemps, c'est autour de ce lavoir que se retrouvaient les femmes du quartier. C'est là qu'on lavait son linge, c'est là aussi qu'on parlait, qu'on s'échangeait nouvelles et « petits potins ».

L'ornement de la fontaine est constitué de plusieurs croix anciennes et d'une, plus moderne, en haut du fronton. Face à la source, une statue de la vierge en granit de Kersanton. Sur les cotés, deux vasques en fonte permettaient de fleurir la fontaine.

Au dos du fronton, on distingue l'inscription latine "FONTES BENEDICTE DOMINO" tiré d'un vieux cantique et signifiant "Fontaines, bénissez le Seigneur". On y lit également "KERLAN RECTEUR" (M. Kerlan fut recteur de Plouzané de 1872 à 1890).

Cette fontaine a également longtemps abrité, dans une niche juste au dessus de la source, une statue de Saint Sané. Sané est un évèque, né en Irlande au Vème siècle. La légende veut que, comme beaucoup de saints irlandais, il soit arrivé en Bretagne dans une auge de pierre. Après avoir débarqué dans l'anse de Berthaume, il partit évangéliser les populations "païennes". Il fonda la paroisse de Locmaria avant de créer, un peu plus loin, un ermitage : le "Cloitre", qui a laissé son nom à ce lieu. Il aurait alors fait jaillir la source qui s'écoule aujourd'hui dans la fontaine. Vers 480 il repartit en Irlande où il mourut. Il est enterré sur l'ile de Scattery, dans l'estuaire du Shanon, non loin de l'actuelle Kilrush. Cette histoire a ouvert la voie au premier jumelage de Plouzané. Elle a aussi donné son nom à la commune : Plouzané signifie, en breton, « la paroisse de Sané », et pour tous les Plouzanéens, Sané en reste le Saint Patron.

Jusqu'au début des années 60, le jour de la Pentecôte, à l'occasion du Pardon de Plouzané, les fidèles quittaient l'église de Plouzané en procession avec statues et bannières pour prendre la route de Locmaria. A Feunteun Sané, où se trouve une autre source également attribuée à Saint Sané, ils retrouvaient la procession venue de Locmaria. Ensemble, ils se rendaient alors à la fontaine du Cloître. Là, les fidèles buvaient l'eau ou s'en lavaient les yeux. La procession reprenait ensuite la direction de l'Eglise de Plouzané où se terminait cette troménie appelée également "Tro ar C'hloastr" (le tour du Cloitre).

Lavoir et fontaine, lieu de vie et lieu de foi, la fontaine Saint-Sané est à l'image de la vie dans le Léon pendant des siècles, mêlant intimement sacré et profane. Elle reste pour les Plouzanéens d'aujourd'hui, au delà des convictions de chacun, un signe de cette histoire qui n'est pas si lointaine.